
L'intime
Caroline, les enfants, la vie de famille, la maison, le jardin : je les observe dans
la lumière, les peins rapidement, avec spontanéité et énergie car il est difficile de demander aux enfants de poser. Ils sont si actifs ! Ce sont des instants de vie, de jeux, de lectures, des moments en famille. Je conserve précieusement ces pochades qui racontent notre histoire.
C’est pour moi une forme de journal intime, mon équilibre.
Dans mon intime, il y a aussi la nature et le village dans lequel je vis. La Seine m’accompagne chaque jour, bordée par la campagne, le ciel et les paysages impressionnistes de ma Normandie natale.
La Grèce
Je suis parti en Grèce à la recherche des architectures blanches contrastant avec le bleu de la mer Egée. Je suis fasciné par ces constructions immaculées qui nous illuminent.
La ville de Naxos m'a ainsi ébloui. Avec la lumière et les ombres, l'architecture se transforme, se déconstruit, s'entremêle et devient presque abstraite telles les peinturesde Nicolas de Stael.
Cette ville sera le décor de mon imaginaire. Santorin m'émerveille par ses contrastes avec le bleu de la mer Egée et me déçoit en raison d'une fréquentation touristique étouffant l'authenticité. J'espérais aussi trouver dans ces paysages les inspirations de l’Antiquité Grecque. Athènes m'a ainsi comblé avec son Acropole. Néanmoins, j'ai dû travailler clandestinement ; il est interdit de peindre l'Acropole. Surpris par les gardiens, mes études sont restées inachevées malgrè le soutien de quelques touristes.
Je sais que je retournerai en Grèce poursuivre ma quête.
La Sicile
L’histoire culturelle d’un pays entre dans la peinture et stimule l’inspiration. C’est en famille que je découvre cette région d’Italie ; d'abord Palerme, ville contrastée. Nous traversons un quartier insalubre et misérable pour rejoindre le rafinement,
la beauté des mosaiques et des dorures de la Chapelle Palatine. Sentiment étrange d'émerveillement et de désolation.
Nous traversons les montagnes, à la rencontre de Syracuse. Un nuage de neige dans le ciel dévoile l'Etna. Je ne le peins pas mais garde cette image dans le coeur. Le chant d'un ténor sur la Piazza Duomo à Syracuse apporte un supplément d'âme à la ville. La lumière et la musique m'incitent à peintre l'Eglise Santa Maria di Montevergini. Je découvre avec la gouache les tons ocre rouge des temples d'Agrigente, et les tons ocre jaune de Selinonte. Je me rafraîchis avec les enfants dans les profondeurs turquoises de la Méditérannée. Je retourne dans mon atelier avec mes pochades chargées d'histoire et l’envie de retrouver sur mes grands formats cette lumière illuminant l’architecture au contact de la mer.
Le Maroc
Seul avec mon sac-à-dos et ma boîte de peinture, je suis parti peindre le nord du Maroc en mai 2015. J’ai choisi de commencer mon séjour à Tanger, port maritime baigné de lumière aux diverses influences, véritable transition entre l’Europe et le Maghreb. Puis j’ai cheminé jusqu’à Tétouan, ville blanche aux mille éclats et Chefchaouen, ville bleue adossée à la montagne. Mes hôtes m’ont accordé de leur temps pour quelques séance de portraits. J’ai fini mon séjour dans le Maroc central, à Fès, cité impériale aux couleurs chaudes.
L'Andalousie
Les jeunes parents ont parfois besoin de respirations. Je pars avec Caroline découvrir le sud de L’Espagne, Cordoue, Grenade, la Sierra Nevada. La chaleur m’attire, le flamenco, la culture mauresque.
Je veux aussi retrouver le pays du peintre Sorolla que j’admire, sa lumière, ses peintures de L'Alhambra.
C’est un émerveillement !
San Francisco
Je suis parti avec Bertrand de Miollis en octobre 2014 peindre San Francisco et sa région.
Après quelques jours de peinture dans la ville, nous avons fait une boucle en
Californie en Van. Ce «road painting» nous a permis de peindre la Côte Pacifique,
les grands espaces américains, ses routes interminables, ses petites villes égarées,
ses motels isolés. Nous avons traversé la Death Valley, le Yosemite Park ou
la Silicon Valley.
Saint Pierre et Miquelon
En août 2021, avant les brumes automnales, j’étais en résidence à Saint-Pierre-et-Miquelon avec cinq autres Peintres Officiels de la Marine. J'ai retrouvé des similitudes avec d'autres villes portuaires comme Tanger, San Francisco ou Le Havre ; des rues en hauteurs permettant de créer des compositions avec des perpectives invitant notre regard vers la mer, le large. Une invitation au voyage ! Cette escale s’est concrétisée par une exposition collective et un livre accompagné d’un texte de François Bellec, écrivain de Marine.
Norvège
C’est le premier grand voyage avec Caroline et les enfants. Les jumeaux, Jeanne et Louison ont 3 ans, Augustin 5 ans. La gouache sera la technique de ce séjour. Il faut être simple et efficace. Nous faisons le grand tour en voiture en traversant les différents pays du nord.Nous découvrons d’abord la Norvège dans une petite maison rouge au bord d’un fjord près de Bergen, puis nous nous aventurons vers le Nord optant pour le camping sauvage. Ces maisons isolées dans l’immensité des espaces m’inspirent. J’aime peindre ces lacs et fjords qui déconstruisent le paysage par des aplats de lumières.
Marines
Depuis 1830, le titre de Peintre officiel de la Marine (POM) est accordé par le ministère
des armées à des artistes qui ont témoigné de leur intérêt pour la mer et les marins.
Peintres, mais aussi photographes, sculpteurs ou écrivains, ils acquièrent ainsi le droit
d’embarquer sur les bâtiments de la Marine Nationale, souvent lors de missions secrètes,
avec le statut de militaire d’active. Ils peuvent également faire suivre leur signature d’une
ancre de marine. J’ai l’honneur d’avoir rejoint ce corps en 2018. Devant mon atelier,
coule la Seine. C’est une invitation au voyage.
Les Portes containers remontent le fleuve vers Rouen, d’autres navires descendent vers
l’estuaire et saluent Le Havre. Mon inspiration balance entre les deux villes normandes.
Mais le côté maritime l’emporte. J’aime les perspectives de la ville de Perret qui offre
des vues incroyables sur la mer. Sentir l’air de la mer, m’y baigner et tenter de saisir
cette lumière qui a tant inspiré Monet et les impressionnistes. Lorsque je peins à
Rouen, la Seine est mon fil conducteur, elle apporte la lumière et anime le paysage
avec ses reflets, ses vibrations. Les silos, grues, hangars et céréaliers structurent le motif.
Ils captent superbement la lumière et deviennent les personnages principaux du port de
mes tableaux.
L'Astrolabe
Le 21 avril 2022 j’embarque sur l’Astrolabe, le brise-glace de la Marine Nationale et des TAAF (Terres australes et antarctiques françaises). Sa mission consiste ce printemps à ravitailler les Îles Éparses. Ces Îles minuscules perdues dans l’océan Indien entourent Madagascar. Nous partons de la Réunion.
Pendant 1 mois, je peins la vie à bord, l'équipage m’imprègne de l’océan, de son ciel tropical. L’Astrolabe butine d’île en île, remplissant ses conteneurs de déchets récupérés sur les plages. Je passe deux jours sur la seconde Île, Juan de Nova, je peins ses eaux turquoises, ses filaos, découvre ses coraux, rencontre ses gardiens: un gendarme, une infirmière et quelques militaires. Ces îles françaises, sauvages, préservées, sont stratégiques. Chacune est surveillée et n'est accessible qu’aux militaires et scientifiques. Nous faisons escale quatre jours à Diego Suárez, au nord de Madagascar. Une ville portuaire inspirante avec les vestiges d’une époque coloniale. L’Astrolabe poursuit sa mission vers Mayotte. Je fête à bord avec l’équipage mes 40 ans. Nous ravitallons Glorieuse puis Tromelin.
L’aventure se termine à Saint-Denis, le port d’attache du brise-glace.






































